CHAPITRE 5: CONCEPTION D’UNE STRATEGIE D’ACCOMPAGNEMENT DU CHANGEMENT : PLAN DE FORMATION DES ENSEIGNANTS

Publié le par DOUANLA DOUNGTIO Pauline

A la lumière des précédents chapitres, l’intégration des TIC dans le système éducatif est une mouvance suivie par tous. Elle est de ce fait devenue un impératif pour le système éducatif camerounais qui voit en cela une marque de modernité et d’évolution. Mais pour parvenir à une intégration réussie, de nombreux auteurs pensent que de grands efforts doivent être fournis pour espérer profiter des avantages que tous les changements occasionnés procurent. Ainsi, de nombreuses difficultés doivent au préalable être surmontées. Et l’une des méthodes pour surmonter ces difficultés c’est la formation et dans le cas précis, la formation des enseignants. Le découpage de ce chapitre est le suivant :

 

5.1. But de la formation. 46

5.2. Méthode de formation. 47

5.3. Former pour quels objectifs. 50

5.4. Quelles formations pour les enseignants. 52

 

 

 

 

 

 

 

 


Pour répondre à la question pourquoi former les enseignants, la justification vient du fait qu’une abondante littérature indexe l’ignorance et  l’incompétence des enseignants comme freins majeurs à l’intégration des TIC dans l’enseignement. Ainsi, ils n’intègrent pas les TIC à leurs enseignements parce qu’ils ne le veulent pas, mais plutôt parce qu’ils ne savent n’en sont pas informés et donc ne savent pas les manipuler. Aussi, une assistance en termes de formation doit leur être proposée en vue de créer ou renforcer leurs compétences en matière d’usage des TIC dans la classe.

L’Unesco publie en (2008) que : « Les nouvelles technologies nécessitent de nouveaux rôles pour les enseignants, de nouvelles pédagogies, et de nouvelles approches de la formation des enseignants. L’intégration réussie des TIC dans une classe dépendra de la capacité des enseignants à structurer l’environnement d’apprentissage selon des manières non traditionnelles, de fusionner les nouvelles technologies avec de nouvelles pédagogies, de développer des classes participatives, d’encourager une interaction coopérative, l’apprentissage collaboratif, et le travail de groupe. Cela nécessite le développement d’autres compétences de gestion des classes. Les compétences clés pour le futur incluront la capacité de développer des façons innovantes d’utiliser la technologie pour améliorer l’environnement de l’apprentissage, et d’encourager l’alphabétisation technologique, l’approfondissement des connaissances et la création de savoir ».

Marcel Lebrun, (2004) constate que  l’imagerie populaire conçoit le fait d’apprendre comme étant une tâche dévolue aux seuls étudiants (niveau micro). Or tout comme eux, les enseignants apprennent (niveau méso), les sociétés aussi (niveau macro). Cet apprentissage constant de ces différents acteurs dénote du souci d’une éducation de qualité. Suite à l’innovation qui s’impose, les méthodes traditionnelles d’enseignement et d’apprentissage doivent être revues afin de promouvoir l’innovation technologique. Ainsi, former les enseignants aux TIC, c’est d’abord leur donner un environnement favorable à l’apprentissage d’un usage réfléchi des TIC dans le cadre de leurs enseignements, c’est aussi les former pédagogiquement. La formation pédagogique des enseignants a pour but de rendre ces derniers plus armés à favoriser le développement des compétences requises chez les étudiants.

 

 

Pour que les enseignants apprennent, Il faut mettre en place des méthodes favorisant cet apprentissage : développer le sens critique, interagir, participer activement, construire la personnalité…qui sont les conditions d’un apprentissage en profondeur, de qualité. La description concerne les élèves mais est transposable aux enseignants qui sont également en situation d’apprentissage et devront donc à leur tour enseigner cela dans leurs classes.

A la lumière des travaux de nombreux auteurs comme mentionné plus haut, les enseignants n’éprouvent pas tous les mêmes difficultés par rapport à l’appropriation des TIC. C’est la raison pour laquelle leur encadrement ne saurait être identique . Ainsi, une éventuelle formation ne pourrait intervenir qu’à la suite d’une identification de ses difficultés.

Dans le cadre de ce travail et dans le but de faciliter et réussir le processus d’appropriation des TIC par les enseignants, il est préconisé d’avoir une stratégie de formation et de suivre un plan précis de formation.

S’agissant de la stratégie de formation, elle se divise en trois étapes :

La sensibilisation dont le but est d’apporter aux enseignants  et autres acteurs du système éducatif, le maximum d’informations sur la nécessité et les opportunités de l’intégration des TIC ; de préparer les psychologies collectives et individuelles à accepter le changement.

La formation qui aura pour but de permettre aux acteurs du système éducatif (et dans le cas présent les enseignants), d’acquérir les connaissances nécessaires pour utiliser de manière experte, fréquente et continue les TIC pour accomplir leurs tâches.

Le recyclage « formation continue » dont l’objectif est de maintenir les personnes formées à un niveau technologiquement acceptable, et même de l’améliorer en les adaptant aux évolutions.

Une fois la stratégie de formation établie, la formation doit être déployée selon un certain plan. Le plan en question est inspiré des difficultés éprouvées par les enseignants et catégorisés par Danvoye, (2002 ; 2001 ; 2000) ; Granier et Gauvin, (2000); Larose, Grenon et Palm, (2004) ; Karsenti, (2004) ; Gervais, (2000). Il est  constitué de cinq étapes : un questionnaire ; une catégorisation ; une prise en main ; un test d’appropriation des TIC ; et la formation elle-même en modules.

Le plan de formation c’est l’ensemble des étapes et des activités à mener pour le bon déroulement d’une formation. Il sera ici question de présenter toutes les phases envisagées pour mettre en place et assurer une formation qui puisse avoir des retombées positives sur les enseignants, afin que ces derniers puissent être à même d’utiliser les TIC en classe sans préjugés. Il s’agit donc de déployer une stratégie de prise en main des enseignants.

 

1) Comment fonctionne le questionnaire ?

L’objectif est qu’à partir d’un formulaire, qu’il soit possible de déterminer dans quelle catégorie se retrouve l’enseignant-sujet. Le formulaire est constitué de vingt (20) questions ayant chacune cinq (5) propositions de réponse, chaque proposition correspondant à une catégorie. L’enseignant qui est soumis au questionnaire choisit la proposition qui semble le plus se rapprocher de sa considération. Au bout des vingt (20) questions, il aura forcément obtenu des résultats dans les catégories proposées. Il sera alors considéré comme appartenant à la catégorie ayant obtenu le plus de suffrages.

2) Pourquoi classer les enseignant en catégorie ?

Il est important de classer d’abord l’enseignant dans une catégorie précise avant de songer par après à sa formation, car de cette catégorisation dépend le conseil à lui prodiguer ou le discours à lui tenir pour l’inciter à vouloir utiliser les TIC. Les catégories en question selon  sont :   les réfractaires ; les craintifs ; les insécures ; les sceptiques ; les pionniers ou mordus.

3) Pourquoi une prise en main ?

La prise en main est le discours à tenir à une catégorie précise, visant à lever ses inquiétudes vis-à-vis des TIC. Elle est différente en fonction de la catégorie, et cela se justifie par le fait que les enseignants n’ont pas les mêmes appréhensions et ne rencontrent pas les mêmes difficultés dans le processus d’appropriation des TIC. Ce qui est du  soit à la situation géographique de l’enseignant qui peut ne pas être propice à l’expansion des TIC ; soit aux difficultés financières pouvant entraver l’acquisition d’outils technologiques et du même coup leur appropriation ; soit encore à des raisons purement subjectives liées à l’enseignant lui-même qui éprouve des difficultés à s’approprier les TIC. De ce fait, il y aura donc une prise en main pour réfractaires, pour craintifs, pour insécures, pour sceptiques, pour pionniers.

Après la prise en main catégorielle, l’enseignant sera testé sur son degré d’utilisation effective des TIC,  

4) Test d’appropriation des TIC

Cette étape est assez simple car il suffit à l’enseignant de dire à quoi lui servent les TIC actuellement.

             A rien

 

             Pour satisfaire ses besoins personnels

 

             Pour remplir ses obligations professionnelles et administratives

 

 Pour enseigner

Sa réponse permettra de déterminer où il se situe dans l’appropriation des TIC, de savoir par où il l’a débutée et éventuellement pour savoir par où il va commencer (par la base) s’il ne l’a pas débutée. Ce qui permettra de savoir quels sont les modules qui lui restent à suivre pour être un enseignant complet au 21ème siècle. Le but étant que l’enseignant puisse au final savoir utiliser les TIC, au point de s’en servir pour enseigner ses élèves en classe. Il est recommandé, pour la formation intégrale de l’enseignant de suivre tous les modules de formation, et même de repasser par le module qu’il semblait déjà maîtriser, pour éventuellement affermir ses connaissances dans le module en question.

5) La formation en modules

Il y en a quatre, en fonction du modèle synthèse proposé par Carole Raby. Il s’agit de :

sensibilisation : où l’enseignant est amené à se familiariser au vocabulaire et aux outils technologiques.

Initiation à l’utilisation personnelle : où l’enseignant est initié à  découvrir les TIC pour satisfaire sa curiosité et à les utiliser pour résoudre des problèmes d’ordre personnel tels que visionner, écouter de la musique, jouer, gérer son agenda ou son carnet d’adresses, etc.

Initiation à l’utilisation professionnelle : où l’enseignant s’en sert pour gérer ses classes, résoudre les problèmes d’ordre administratif (répondre aux demandes d’explication, produire des rapports…), échanger avec ses collègues, etc.

Initiation à l’utilisation pédagogique : où l’enseignant utilise effectivement les TIC en classe, avec ses élèves, pour rechercher des informations et enrichir ses cours, pour rester en contact avec les parents d’élèves, etc.

Il est à préciser que ces modules ne se déroulent pas forcément de manière chronologique. L’enseignant commencera ou suivra par l’un ou l’autre module en fonction des ses besoins imminents, de ce qu’il veut en faire. Mais il reste conseillé de suivre tous les modules au final.

NB : Chaque module sera évalué sur 20 points, 10 comptant pour la théorie, et 10 autres pour la pratique. Un enseignant  ne pourra passer à un autre module, que s’il a obtenu au moins 15/20 dans le module qu’il suivait.

Au bout des quatre modules, il sera à nouveau soumis à une évaluation générale qui a pour but de tester les connaissances  acquises dans l’ensemble. S’il obtient au moins 15/20, il lui sera décerné un diplôme attestant qu’il a suivi tous les quatre modules et les a passés avec succès. Il est désormais compétent pour enseigner avec les TIC.

 

C.Bagley et B.hunter, (1992), affirment que « les bénéfices à escompter de l’utilisation des technologies ne doivent pas être attendus dans la seule sphère cognitive réduite aux connaissances et aux savoirs ». Pour l’introduction des nouvelles technologies implique une restructuration des méthodes didactiques à savoir :

transition de la leçon ou du cours vers des formes d’enseignement axées davantage sur les ressources et l’accompagnement ;

transition d'un travail qui ne concerne que les meilleurs étudiants vers un travail partagé qui concerne l’ensemble des étudiants (chacun avec ses compétences particulières) ;

transition d'une classe « assoupie » d'étudiants inertes vers des étudiants plus engagés dans la tâche ;

transition d'une évaluation basée sur le contrôle de la rétention des connaissances vers une évaluation plus soucieuse des progrès, des processus et des produits réalisés ;

transition d'une structure sociale compétitive à une structure plus coopérative ;

transition d'un système dans lequel tous les étudiants apprennent la même chose vers un système différencié où chaque étudiant apprend éventuellement des choses différentes ;

transition de modes d'expression et de communication centrés exclusivement sur l’expression verbale à des modes qui intègrent différentes techniques d’expression (visuelle, graphique, audio…);

Ils estiment aussi qu’« insérer ces nouvelles technologies ne va pas induire automatiquement de nouvelles formules d’enseignement et d’apprentissage ». L’information, le support technique et le soutien pédagogique aux enseignants sont une priorité pour que les technologies catalysent réellement un renouveau pédagogique. En acceptant les TIC, les rôles de l’enseignant s’en trouvent largement modifiés comme l’illustre le tableau comparant les modes  traditionnel et « techno pédagogique » (étendu).

 

Mode traditionnel

(INSTRUCTION)

Mode « étendu »

(CONSTRUCTION DES CONNAISSANCES)

Activité

Centrée sur l’enseignant                                              Didactique

Centrée sur ce que fait l’apprenant et interactive

Rôle de l’enseignant

« Récitant » et expert

Collaborateur, guide et parfois apprenant

Rôle de l’étudiant

« Récepteur » et apprenant

Collaborateur et parfois expert

Apprentissage

De la matière, des faits et de la reproduction

Interrelation et recherche

Connaissances

Accumulation

Transformation

Performance

Quantité

Qualité

Évaluation

Mémorisation et référence à une norme

Critères de référence, cahier de charges

Usages technologiques

« Le poste ou le siège » de travail

 

Outils de communication, Collaboration, Accès à l’information, Modes d’expression

Tableau 4 : Comparaison des modes traditionnel et « étendu » selon les analyses ACOT (Apple Classroom of Tomorrow). Marcel Lebrun (2004, p.18)

Mais pourquoi les enseignants manifestent-ils une volonté d’apprendre ? Comment se déroule l’apprentissage des professeurs ? Si les professeurs apprennent, cela implique que certains deviendront des agents de changement dans leurs institutions !

Claude Pair, et Yves Le Corre, (1982) affirment qu’il existe trois principaux types de formation continue pouvant être proposées aux enseignants : la formation légère, la formation à l’animation, et la formation approfondie. Mais avant de suivre une formation continue, l’enseignant doit d’abord passer par une formation initiale.

Formation initiale

Il s’agit des pré requis en informatique dont devront être dépositaires tous les futurs enseignants. La formation initiale doit porter à la fois sur l'informatique elle-même et sur son emploi dans l'enseignement et la documentation.  L'initiation à l'informatique devrait faire l'objet d'une unité de valeur dans toutes les formations universitaires conduisant à l'enseignement. Cette unité de valeur serait bien liée à la discipline principale de l'étudiant. D'autre part, dans l'année de formation professionnelle ((ENS, ENIEG...) devra être intégrée une formation qui insisterait sur l'insertion de l'informatique dans l'enseignement.

L'objectif étant d'atteindre le niveau 1(voir infra) pour tous les enseignants recrutés et de leur permettre un accès facile au niveau 2. Le niveau 3 devra toujours être acquis en formation continue si le choix  est de ne pas recruter de spécialistes d'informatique.

 

Formation légère (niveau 1)

Elle vise essentiellement les professeurs volontaires. Mais, pour que le choix soit fait en connaissance de cause, elle pourrait être précédée d'une information, destinée à tous les professeurs et effectuée par discipline sous la responsabilité des Inspecteurs Pédagogiques (cela rejoint la phase de sensibilisation : rencontre en conseil mentionnée plus haut). La formation légère doit être effectuée dans chaque établissement dans l'année de son équipement.

Elle a un double objectif :

familiariser les enseignants volontaires avec l'informatique et ses applications, et à l’emploi de l'enseignement assisté par ordinateur

dégager une équipe d'animation comportant au moins une personne par discipline

Puis, un suivi devrait être assuré pour les enseignants engagés dans des travaux personnels et pour la formation de l'équipe d'animation.

La formation sera assurée par une équipe de professeurs formateurs de plusieurs disciplines. L'un deux sera désigné comme responsable (agent de changement dont le rôle sera de stimuler les autres formateurs à propulser et entretenir le processus de changement). Un formateur ne devrait être responsable que d'un établissement ; il pourrait intervenir dans 1 à 3 autres.  L'organisation et la répartition de la formation dans le temps seront mises au point par discussion entre le chef d'établissement et le responsable de formation.

Il faudrait envisager d'effectuer la formation en dehors des horaires de cours, en fournissant aux enseignants qui la suivent une contre partie monétaire pour le temps qu’ils y consacrent ; ceci dans le but de les galvaniser.  Ou  par exemple leur payer un montant forfaitaire par séance, qui pourrait leur assurer leurs frais de déplacement. L’inspecteur pédagogique de chaque discipline chargé de cordonner les activités pour cette discipline devra recevoir une formation préalable en vue d’un bon encadrement.  

 

Formation à l'animation (niveau 2)

            Cette formation a pour but principal de former des agents de changement. Ce sont des personnes ayant pour seul souci de voir réussir l’intégration des TIC. Ils seront donc amenés à être des catalyseurs, des promoteurs du changement. Ils seront chargés de stimuler le changement partout où ils se trouvent.

            De ce qui précède, le rôle de l’accompagnateur du changement est très important dans le succès de l’intégration. Car de son degré de motivation, dépendra l’adhésion ou non de son public cible. C’est pourquoi sa formation doit être le plus fournie possible.

            Elle commence en même temps que la formation légère. Puis, chaque année, l'équipe d’animation (composée d’au moins une personne par discipline), dans le rapport qu'elle doit fournir, fait état des besoins de formation complémentaire qu'elle ressent. L’inspection organise les formations nécessaires avec l'aide du Ministère.

 

 

Formation approfondie (niveau 3)

Cette formation concerne les enseignants désirant approfondir leurs connaissances dans un domaine spécialisé de l’informatique. Elle est effectuée pendant un an dans des centres universitaires qui auront une activité de Formation, de Recherche et de Développement. Ce sont les enseignants issus de cette formation qui assureront l’effectivité de la formation légère. Il est demandé aux centres d'assurer un suivi des anciens stagiaires.

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