INTEGRATION DES TIC DANS L’EDUCATION (fin)

Publié le par DOUANLA DOUNGTIO Pauline

1.4.4.      Le modèle-synthèse de Carole Raby (2004)

Ce modèle se fonde sur les trois précédents et illustre un processus menant de la non utilisation des TIC à une utilisation exemplaire, en quatre stades. La « sensibilisation », l’ « utilisation personnelle », l’ « utilisation professionnelle », l’ « utilisation pédagogique ». A la « sensibilisation »,  l’enseignant est en contact indirect avec les TIC qui sont présentes dans son environnement personnel et/ou professionnel. Il côtoie dans son entourage des personnes qui s’en servent et les apprécient. Il est sans doute judicieux de préciser que le stade de « sensibilisation » sera suivi soit par l’ « utilisation personnelle », soit par l’ « utilisation professionnelle », ou encore par  l’ « utilisation pédagogique » en fonction des motivations qui poussent l’enseignant à suivre son processus d’intégration des TIC. Ce qui signifie que ces stades ne se succèdent pas forcément l’un à l’autre. Ils peuvent se chevaucher et même se dérouler simultanément, la base pour tous étant la « sensibilisation ».

Lors de l’ « utilisation personnelle », l’enseignant passe par trois étapes : la motivation  initiée par la curiosité ou le besoin  qui pousse l’enseignant à vouloir utiliser les TIC; la familiarisation, phase pendant laquelle il apprend à maîtriser les rudiments techniques c'est-à-dire une connaissance de base de certains logiciels (s’il est d’abord passé par une autre phase telle l’ « utilisation professionnelle », il traversera plus rapidement cette phase de familiarisation ou même l’évitera) ; l’ exploration-appropriation où l’enseignant recherche des informations sur des sujets d’intérêt personnel, se sert des TIC pour communiquer, pour produire des documents en lien avec ses besoins personnels.

Lors du stade de l’ « utilisation professionnelle », l’enseignant traverse l’étape de motivation, puis celle de familiarisation plus ou moins longue et intense selon sa motivation et son expérience antérieure avec les TIC. Il est à relever qu’une motivation personnelle (curiosité ou besoin) permet plus facilement de traverser la familiarisation qu’un sentiment de contrainte (exemple, le chef d’établissement lui impose  de s’en servir pour une présentation : il sera confronté à une anxiété, une peur, une insécurité face à ce nouveau défi) ; et passe directement à l’étape suivante, celle de l’exploration-appropriation où il utilise les outils technologiques pour rechercher des informations d’ordre professionnel( à l’aide d’ Internet), communiquer et échanger des ressources pédagogiques avec ses collègues, communiquer avec des parents via l’e-mail, produire des documents ayant trait à sa profession.

Lors du dernier stade : l’ « utilisation pédagogique », l’enseignant utilise les TIC à des fins éducatives (lors d’activités incluant les élèves à l’enseignement apprentissage). Il amène même ses élèves à les utiliser en classe. Ce stade regroupe cinq étapes qui ne sont ni mutuellement exclusives ni obligatoires. Il s’agit donc de la « motivation », la « familiarisation », l’ « infusion », l’ « exploration »,  l’ « appropriation ». Ainsi, un enseignant qui se retrouve à la quatrième étape du stade d’utilisation pédagogique (« appropriation ») peut avoir recours à des activités des étapes inférieures. Il n’est donc pas obligé de traverser toutes ces étapes. Ce stade commence par la curiosité, le  besoin pédagogique  ressenti par l’enseignant. Ici aussi, il passera très vite l’étape de familiarisation, selon sa source de motivation et son expérience. Toutefois, un enseignant qui éprouve le besoin d’utiliser les TIC  pour ses enseignements, sans  au préalable passer par l’utilisation personnelle ou professionnelle, traverse une familiarisation longue et pénible. Puisqu’ il apprend lentement à maîtriser les rudiments techniques, ajouté à cela ses peurs, ses interrogations sur la pertinence des TIC, renforcé par le manque de temps et les difficultés d’accessibilité. A l’exploration, l’enseignant utilise les TIC pour enrichir son enseignement et donc il les utilise pour renforcer un concept enseigné en classe (exercice sur une notion de grammaire, visionnement d’un document multimédia, écoute d’un livre informatisé etc.) A l’étape de l’infusion, l’enseignant implique ses élèves dans une utilisation ponctuelle et isolée des TIC pour développer des compétences disciplinaires et  de poursuivre le développement des compétences transversales liées aux TIC. A la dernière étape l’appropriation, l’enseignant et ses élèves utilisent fréquemment les TIC  dans un cadre d’apprentissage actif et significatif. Exemple : approche par projets (modérer les communications par courrier électronique des élèves pour en tirer un élément d’information nécessaire à la réalisation du projet), approche coopérative (produire un journal informatisé pour un concours en se servant d’un logiciel de traitement de texte, de dessin), résolution de problèmes.

Si les enseignants s’appropriaient aisément les TIC, l’intégration pédagogique serait facilement acquise. Mais ce processus d’appropriation des TIC par les enseignants se trouve parfois perturbé par de nombreux obstacles liés à des causes diverses.

 

 

Dans cette section, une analyse présente les obstacles à l’intégration des TIC dans le monde en général, ensuite sur les obstacles communs aux pays en développement notamment Africains, et enfin, une emphase est mise sur les obstacles propres au contexte camerounais.

Les obstacles à l’intégration des TIC dans le monde

Robert Bibeau, (2006) identifie six problèmes particuliers à l’intégration des TIC, mais mentionne parallèlement  « le soutien pédagogique et technique et la formation continue des enseignants constituent encore et toujours la difficulté majeure ». Il note également au passage « l’insuffisance relative en quantité, en qualité et en pertinence des ressources et des contenus numériques éducatifs ». Les six problèmes qu’il relève sont :

Le manque de fonds suffisants pour les technologies

L’acquisition d’applications et de contenus numériques entraîne des coûts récurrents qui peuvent devenir difficiles à supporter par les commissions scolaires. L’achat de logiciels outils, d’applications éducatives, de systèmes d’exploitation, la  libération des droits pour l’utilisation d’œuvres protégées est une entrave financière à l’intégration des TIC. A cette difficulté, la solution est l’acquisition de logiciels libres qui sont pourtant en nombre réduit et couvrent d’ailleurs imparfaitement les besoins.

Le développement et la mise à jour de banques de ressources numériques

Les contenus éducatifs sur Internet  ne sont pas régulièrement revisités et ne sont mis à jour que sporadiquement. La solution serait une mise à jour régulière des contenus.

L’indexation normalisée et la diffusion des ressources numériques
Il est souvent difficile pour les élèves et les enseignants de trouver ce qu’ils cherchent sur Internet. « Pour certaines disciplines, les informations sont relativement nombreuses, mais disparates et mal indexées (…) ». La solution serait un traitement documentaire et un catalogage.

La qualité et l’évaluation des ressources numériques éducatives

La qualité et la validité des contenus numériques qui sont offerts sur le Web sont fortement critiquées par les enseignants. Puisque  n'importe qui peut publier n'importe quoi sur Internet. Tous ne prennent pas la peine d'indiquer leurs sources, si bien que l'élève ne sait plus ce qui constitue une information  de qualité, et ce qui constitue une désinformation. La solution serait d’outiller l’élève quant à l’évaluation de la pertinence et de la crédibilité des informations disponibles sur Internet.

Utilisation d’œuvres protégées par le droit d’auteur

 Très souvent, des éducateurs soulignent leur ignorance face aux dispositions qui régissent le droit d'auteur sur Internet. A défaut de connaître et de comprendre la loi sur les droits d'auteur et devant le risque de poursuite judiciaire, les enseignants refusent l'accès à Internet à leurs élèves. Des campagnes d’information sur les droits  et obligations sur Internet doivent être envisagées en milieu éducatif.

Sécurité de navigation et contenus licencieux

Les adultes craignent que les élèves soient exposés à des images pornographiques, violentes ou inconvenantes en naviguant sur le Web. Pour cela, des filtres de navigation peuvent être implantés et les élèves formés à une bonne conduite.

Les obstacles à l’intégration des TIC en Afrique

Evarariste Zongo, (2004), énumère quelques causes à la difficile intégration des TIC en Afrique :

la  résistance culturelle à adopter de nouveaux comportements ;

les coûts très élevés des équipements ;  

les problèmes d’accès au réseau ;

le manque d’infrastructures telle l’énergie ;  

le manque de politiques cohérentes en matière de TIC.

 

Les entraves à l’intégration des TIC en  classe au Cameroun

Les effectifs pléthoriques : une application qui doit être exécutée simultanément se trouvent ralentie car le poste est partagé par plusieurs élèves. Toutefois, un vidéo projecteur pourrait résoudre le problème;

La non maîtrise de l’usage pédagogique des TIC et de l’outil informatique par les enseignants qui rend problématique leur utilisation en classe ;

la maintenance du matériel informatique pose problème car des pannes survenues ne sont pas très rapidement prises en charge ce qui ralentit la progression des enseignements.

l’ignorance des enseignants qui ne connaissent pas toujours quels sont les logiciels adaptés à leur discipline, et ne les maîtrisent pas totalement ;

il est difficile de modifier les habitudes et les façons de travailler, ancrées depuis longtemps ;

 il faut noter aussi le manque de motivation de la part des enseignants qui se demandent pourquoi se donner tant de mal.

      Toutes ces difficultés sont dues au manque de formation des enseignants, au nombre insuffisant d’ordinateurs pour les élèves, voire nul pour les enseignants, au manque de temps (emplois de temps des enseignants chargés, et risque de ne pas achever les programmes, ...), du manque d’intérêt et de volonté (les enseignants ont d’autres préoccupations). D’où la citation de Marcel Lebrun (2004) qui résume bien l’essentiel de la problématique : « L’importance de l’information, du support technique et du soutien pédagogique aux enseignants est une priorité pour que les technologies catalysent réellement un renouveau pédagogique. Sans cela, les nouvelles technologies permettront au mieux de reproduire les anciennes pédagogies. En d’autres mots, cela convient à dire que si les enseignants ne sont pas formés à ces technologies, dans bien des cas, ils risquent tout simplement de perpétuer les méthodes traditionnelles en utilisant un nouveau médium ».

Il faut soulever le fait que l’intégration des TIC tant souhaitée dans le système éducatif  aura des répercussions  qui provoqueront  forcément des changements si elle est réussie


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