CHAPITRE 2 : LES CHANGEMENTS SUBSEQUENTS A L’INTEGRATION DES TIC (fin)

Publié le par DOUANLA DOUNGTIO Pauline

2.5. L’obstacle principal au changement : la résistance.

La résistance face à une action de changement ne doit pas être comprise comme une inertie visant à bloquer l’évolution, mais comme une phase de maturation nécessaire dont on ne peut faire l’économie ; car les individus ont besoin de comprendre les changements qui les concernent avant d’agir en conséquence .C’est l’opinion de Philibert de Divonne cité plus haut. Carr (1996), dans la même lancée, dit qu’ « un  principe de l'approche systémique est  l'effet qu'un système tend à se perpétuer lui-même ». Aussi, lorsqu'un élément nouveau y est introduit (par exemple, un laboratoire d'ordinateurs est installé dans une école), le milieu tendra à rechercher le même fonctionnement qu'avant l'arrivée de cet élément, de manière à ne pas se modifier lui-même (les mêmes pratiques d'enseignement utilisées sans les ordinateurs seront appliquées). Des efforts particuliers pour modifier divers éléments du système doivent donc être entrepris (par exemple, dans ce cas-ci, en offrant notamment de la formation à de nouvelles approches pédagogiques,). Ce qui explique le fait que par nature, les individus sont réfractaires à tout changement, quel qu’il soit. Ce n’est qu’après une phase de maturation qu’ils s’y adaptent. Il est important de rappeler qu’il ne s’agit pas de faire prendre aux technologies un rôle plus actif dans l’école, mais plutôt que les personnes qui les utilisent modifient leur perception face à celles-ci et face à leur propre rôle dans l’école.

Selon Kanter (1985), les « récepteurs » résistent au changement pour des raisons sensées et prévisibles telles que :

La perte de contrôle les individus craignent que le changement qui s’opère ne vienne leur ravir la vedette et qu’ils n’aient plus aucune maîtrise sur les activités qu’ils semblaient contrôler.

La trop forte incertitude le manque d’information sur les  étapes suivantes ou sur les actions futures cantonne les individus dans une situation d’insécurité par rapport au changement qui s’opère.

Le manque d’information lorsque les décisions sont imposées et exposées aux individus  sans préparation ni concertation, ces derniers n’y adhèrent pas forcément.

Les coûts de confusion quand il y a trop de choses qui changent simultanément, les routines qui sont interrompues. Ce qui met les individus dans une situation de confusion où ils ne savent plus quoi faire.

Le sentiment de perdre la face quand la nécessité de changer donne aux gens le sentiment qu’ils sont stupides par rapport à leurs actions passées, surtout envers leurs pairs. Et donc pour préserver leur image, ils résistent à ce changement. Ces quelques exemples présentent les causes multiples qui sont à l’origine de la résistance au changement des individus. Toutefois, cette résistance peut prendre plusieurs formes.

Les formes de résistance au changement

Dans son ouvrage, Carton (1997)  a tenté de catégoriser les formes de résistance. Il a suggéré et définit  quatre formes principales de résistance : l’inertie, l’argumentation, la révolte ou le sabotage.

L’inertie consiste en une absence de réaction au changement. Les personnes manifestant l’inertie laissent croire  qu’elles acceptent le changement, mais tentent de reporter son application. Elles justifient cette inertie  en évoquant la prudence, la nécessité de demander des avis objectifs, car elles ne veulent pas se jeter dans l’inconnu, sans certitude.

L’argumentation est la forme privilégiée de la résistance et constitue la voie royale d’accès à l’intégration du changement. Un changement non argumenté n’est pas intégré. Il s’agit de la forme la plus productive et utile de résistance. L’argumentation peut se concevoir comme une négociation sur le fond et la forme du changement. Elle est un besoin naturel des individus d’influencer la réalité projetée afin de la rapprocher de la réalité vécue.

La révolte survient lorsqu’il y a incapacité pour un individu d’ajuster sa réalité à la réalité du changement proposé. L’action syndicale, la demande de mutation, le recours à la hiérarchie, la grève, … sont autant d’exemples de résistance qui prennent la forme de révolte. La révolte est toujours précédée de menace notamment dans l’argumentation. Le principe de base du changement étant de produire de façon implicite ou explicite, une amélioration, la menace à pour objet de montrer que le changement risque non pas d’améliorer mais de dégrader la situation.

Le sabotage est plus pernicieux et manipulateur que la révolte. Il prend souvent la forme d’excès de zèle dont le but est de démontrer la stupidité du changement, d’embarrasser le promoteur du projet. Le sabotage  est le reflet d’une soumission apparente au premier degré et d’une révolte au second degré. Mais il n’y a pas que la résistance comme obstacle au changement

D. Cavallo (2004) dit que la véritable raison à l’absence de changement dans l’éducation n’est pas due au manque d’idées sur l’enseignement au niveau individuel mais plutôt à l’absence d’un modèle de changement pour tout un système en ces termes ; « a major reason for the lack of change in education is not due to lack of ideas about learning on a micro or individual level, but rather is due to a lack of models for growth and change at a macro or systemic level».

Poellhuer et Boulanger (2001) quant à eux définissent quatre catégories d’obstacles au changement :

2.6.1. Manque de temps

Le temps requis à l’enseignant pour la préparation des nouvelles parties du cours constitue pour ce dernier un obstacle à l’adoption des TIC. Car «  pour certains domaines d’enseignement, l’utilisation des TIC affecte directement le contenu des cours, exige une mise à jour régulière et apporte un surcroît de travail au formateur .Ce surplus de travail est souvent reconnu comme un facteur dissuasif et signalé comme une conséquence négative de l’implantation des TIC ».Ce changement est souvent perçu comme une augmentation de la tâche.

Transformation du style pédagogique

Ces auteurs définissent le style pédagogique comme « la manière habituelle d’être et d’agir du professeur lors de son intervention en classe ». De ce fait l’introduction des TIC dans son enseignement modifie la relation avec l’étudiant et la façon de travailler du formateur. L’une des frayeurs des enseignants est la crainte de l’échec lors de l’utilisation d’autres méthodes dont les contours sont encore assez flous pour le formateur. Il ne voudrait pas  être confronté à la défaillance du matériel ou à un manque de connaissances technique. Devauchelle, (2002),  ce qui engendre chez le formateur un déficit de motivation. Poellhuber, (1998)  va même jusqu’à dire que « les TIC ne représentent en rien une nécessité pour l’enseignement », bien que le travail s’en trouve nettement facilité par les nombreux, conviviaux et puissants outils qu’elles offrent. L’enseignement avec les TIC est une activité qui nécessite une forte participation des étudiants or ces derniers ne sont pas toujours préparés à ces changements qu’ils subissent inertes.

Manque de soutien

La carence de soutien des formateurs est un frein à l’adoption des TIC car toutes les mesures devant la faciliter ne sont pas entreprises  et les formateurs se retrouvent abandonnés à eux-mêmes. Une autre difficulté réside en la qualité du matériel choisi, qui est parfois désuet, insuffisant ou pas entretenu, ce qui renforce la résistance.

Accès difficile aux technologies

Louise Sauvé ; Alan Wright ; Céline St-Pierre (2004), ont un avis commun sur le fait qu’une intégration par les formateurs exige  que ceux-ci aient facilement accès à la technologie et  aient une bonne maîtrise des outils informatiques. En d’autres termes, les TIC doivent être dans une certaine proximité géographique avec le formateur, qui doit régulièrement les manipuler. Or les enseignants camerounais en particulier ne sont pas formés à cette  manipulation. Pour (Dary et Mallet, 1998) ceux qui prennent l’initiative de se former ne sont pas rémunérés, ni remplacés pendant ce temps de formation pris sur leur temps libre. Pour ceux qui les utilisent on note une certaine monotonie dans les outils utilisés, il y a une résistance à vouloir essayer d’autres. Ce qui s’explique par un certain nombre de difficultés rencontrées.
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